22 mai 2011

Les terres grises : Le silence pour preuve de Gianrico Carofiglio

SilenceGianrico Carofiglio ne fait pas profession d’écrivain. La biographie de cet italien le présente surtout comme un magistrat et sénateur de la région des Pouilles. Mais il se trouve qu’il écrit aussi. Et plutôt bien. Sa plume est classique mais efficace, précise et sans fioritures mais évocatrice. Un style que l’on aime penser à l’image de l’homme ; Gianrico Carofiglio est, à n’en pas douter, un magistrat très investi dans la vie politique italienne qui possède, en outre, une culture littéraire et classique très solide, si l’on s’en réfère aux nombreuses (et très bien choisies) citations qui émaillent le texte de son roman paru en 2009 et traduit en 2011 pour Le Seuil Policiers. C’est donc sans surprise – mais avec plaisir – que Le silence pour preuve nous fait découvrir un héro taillé dans le même bois que celui de son auteur. L’avocat Guido Guerrieri (dont c’est la quatrième aventure) est un homme de loi qui aime, lui aussi, s’aventurer sur d’autres terres que celles des salles d’audiences feutrées. L’homme, la quarantaine fatiguée et nonchalante, sait s’improviser enquêteur amateur à l’occasion de certaines de ses affaires et des demandes de ses clients.

Dans Le silence pour preuve, c’est un de ses confrères qui lui présente un cas épineux et dramatique. Manuela, une jeune étudiante de Bari, a disparu depuis 6 mois. De retour de vacances, elle s’est tout simplement volatilisée. Depuis, le silence s’est installé : pas de signe de vie (ou de mort), pas de témoins, aucune raison invoquée. Alors que le procureur s’apprête à classer une affaire qui n’en est plus vraiment une aux yeux de la police et de la justice italiennes, les parents de la jeune fille, désespérés, jouent leur dernière carte. Ils convainquent Guido Guerrieri de reprendre l’enquête afin de trouver des éléments nouveaux qui permettraient à l’affaire de ne pas être abandonnée. L’avocat accepte avec réticence de mener quelques investigations qui s’avèreront fructueuses…

Une disparition, très peu de témoins - tous silencieux, un travail sur le passé et les souvenirs : « Pourquoi cette fille normale ayant une vie normale et une famille normale avait-elle, du jour au lendemain, disparu dans le néant ? »*. La trame de l’histoire est d’une simplicité biblique… et le restera jusqu’au dénouement. Tout le charme de ce legal thriller – qui porte d’ailleurs bien son nom car on y apprend quelques principes de droit et de procédure italiens exposés avec précision et un certain sens didactique – repose sur cette simplicité. Pas de cavalcades, pas de rebondissements extravagants, pas même de grands moments de prétoire… Et pourtant, un vrai suspens est maintenu très habilement tout au long du livre. Car la tension ne repose, en effet, pas tant sur les faits ou l’action que sur quelques personnages forts et leurs non-dits criants. Le personnage du héro, Guido Guerrieri, n’est d’ailleurs pas le moins mystérieux. Il sait s’aventurer entre deux eaux, là où la culpabilité et l’innocence ne sont pas des concepts toujours bien définis, prédéterminés et prévisibles. Ce sont des terres grises qui peuvent mener ceux qui les foulent à l’aigreur et au cynisme. Mais, c’est plutôt l’humour et la mélancolie qui affleurent au fil des pages de ce roman policier nonchalant.

Ainsi, Gianrico Carofiglio parvient à faire du Silence pour preuve un polar tout aussi efficace qu’attachant et prouve, à la suite de son héro, qu’on peut bien mener deux vies de front : être un magistrat intraitable et un bon écrivain de roman noir.

Agnès Fleury         

* Extraits de Le silence pour preuve : une enquête de l’avocat Guido Guerrieri, Gianrico Carofiglio (Seuil, 2011) - Lu dans le cadre du jury Seuil policiers et Babelio

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