03 mars 2011

Douilles, huile de vidange et armoire à pharmacie : Le paradis (ou presque) : une mésaventure de Hank Thompson, Charlie Huston

23_1046326« J’ai aidé un ami. J’ai essayé de protéger des gens. J’ai tout fait du mieux que j’ai pu, mais le seul truc que j’ai réussi à faire, c’est de buter ceux qui voulaient me tuer. Ensuite j’ai pris leur argent »*. Ca, c’est ce qu’il s’est passé il y a quelques années – et dans le premier épisode de la trilogie Hank Thompson, Increvable (paru au Seuil en 2010).

Hank Thompson : épisode 2

Depuis, le héro de Charlie Huston tente de se faire oublier sur une plage du Mexique, loin de la frontière américaine où les autorités fédérales, la mafia russe et tous les spectateurs de America’s Most Wanted se souviennent un peu trop bien de lui et de la trainée de sang qu’il a laissée derrière lui. Les premières pages de ce deuxième épisode s’ouvrent donc sur un Hank Thompson, physiquement méconnaissable, qui tente de couler des jours heureux sur la véranda d’un bungalow de la Péninsule du Yucatan. Toutefois, lui-même peine à croire que ce paradis (ou presque) durera éternellement. Malgré les baignades sans fin dans l’eau turquoise et les déjeuners savoureux que son ami Pedro lui prépare dans sa paillote sur la plage, la tension est déjà palpable sous le sable et les cocotiers – sans doute le meilleur moment du livre. Une rencontre importune, qu’Hank ne faisait qu’attendre sans savoir qu’elle forme elle prendrait, fait basculer le fragile équilibre. Et, c’est parti : la fuite incessante, qui fait de Le paradis (ou presque) un road movie halluciné et amphétaminé. Au fil des pages et des matchs de la saison régulière de football américain (sport qu’il exècre mais dont il suit l’actualité compulsivement), du Yucatan à Las Vegas, les cadavres et les carcasses de voitures recommencent à s’accumuler derrière Hank Thompson.

En plein Pulpnoir

Très vite, on est en plein pulp noir, un genre littéraire dont se revendique Charlie Huston (voir d’ailleurs son site/blog : http://www.pulpnoir.com/) qui utiliserait les techniques du roman noir en le tirant vers le pulp ou littérature de gare en anglais. Comme dans ce genre de littérature qui recycle les codes des comics, des magazines populaires, des jeux vidéo… tout est très visuel et sonore. « Je lui raconte toute l’histoire, avec des illustrations et des exemples tirés de films, de livres, de musique pop, de la philosophie grecque, sans compter les digressions vers d’autres sujets comme la politique dans les médias, Superman contre Batman, le Chat de Schrödinger […] »*. Ainsi, sur une bande son très référencée et à coups d’images préfabriquées, véhiculées par la culture populaire, Charlie Huston déroule son histoire qui (il s’en vante souvent, avec autodérision, par la voix de son héro) ne pèse pas lourd. Hémoglobine, cachetons de percs (percocet = analgésique), tatouages et strip-tease ; tout est si visuel que le livre se porte de lui-même vers l’écran, couleurs criardes et montage survolté à l’appui. Et la réserve vient donc de là. A l’écrit, la succession d’actions rapides se révèle moins efficace que sur un écran et le risque est alors réel de faire décrocher un lecteur, fatigué par la répétition et une lecture hachée par les verbes d’action.

Hank : un anti-héro ?

D’après la quatrième de couverture, Le paradis (ou presque) est l’épisode préféré de la vie de Hank de son auteur, Charlie Houston, car c’est là qu’il lui apparaît le plus humain. C’est un sentiment sur lequel on pourra rejoindre l’auteur car tout l’intérêt du livre repose bien sur les (larges) épaules de ce héro ou, plutôt, de cet anti-héro. Car du sous-titre (une mésaventure…) à la grande majorité du livre, l’auteur nous balade à la poursuite d’un anti-héro : « Il m’expliquait qu’il savait que je n’avais pas réfléchi, que j’étais un bon gars qui, s’il s’était arrêté un instant pour réfléchir, aurait agi intelligemment »*. On serait alors bien tenté de croire que Hank Thompson est celui par qui les choses arrivent mais qui ne les souhaitent pas, celui qui se passerait bien d’être là et celui autour duquel les cadavres s’amoncellent comme par malheur. Mais qu’on ne s’y trompe pas ; Hank est aussi celui que tous – et surtout les pires – admirent. Et pour cause. A de brefs moments, l’assassin parle en lui : « J’ai l’expérience de cette violence brutale. Et la violence c’est comme le reste, plus on s’y adonne, plus on s’y habitue. Et plus on se perfectionne »*. Sans attaches, sans remords, sans amours ni sexe, Hank Thompson est un homme impitoyable... qui finit par l’admettre : « Si je l’observe c’est parce que je veux vraiment savoir à quoi ressemble un homme dangereux. Parce que c’est ce que je suis en train de devenir. C’est ce que je vais être »*.

Le paradis (ou presque) est l’histoire d’un homme dangereux et un livre plus insidieux qu’il n’y paraît.

 

Agnès Fleury

* Extraits de Le paradis (ou presque) : une mésaventure de Hank Thompson, Charlie Huston (Seuil, 2011) - Lu dans le cadre du jury Seuil policiers et Babelio

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